L’astrologie se limite trop souvent en s’illustrant par la mythologie grecque…pourtant notre littérature, nos oeuvres de fictions modernes sont au moins aussi riches en symbolique. C’est le parti qu’a pris Margot Honoré en étudiant une oeuvre désormais aussi mythique que la mythologie : le Seigneur des Anneaux !

Alors allons faire un tour du côté du Mordor pour chercher un nouveau Pluton : Sauron lui-même !


En astrologie, Pluton est doté d’un symbolisme complexe et souvent mal compris. En tant que planète la plus lointaine du système solaire, dernière des trans-saturniennes, c’est à la fois une des planètes les plus puissantes et les plus inconscientes. Ses manifestations nous affectent et nous échappent d’autant plus fort. C’est le « royaume », l’état de conscience qui, parmi ceux représentés par les planètes du système solaire, nous est le plus éloigné et le plus inaccessible.

Les situations d'emprise - plutoniennes - sont de la partie

Les situations d’emprise – plutoniennes – sont de la partie

Ceci étant, c’est une force qui nous est familière dans ses manifestations et usages les plus égotiques. L’humanité regorge de fonctionnements plutoniens, que ce soit au niveau individuel, au niveau des groupes ou au niveau des sociétés. Les rapports de pouvoir, la possession d’informations (l’échange de « potins »), les situations d’emprises, les actions cachées, les problématiques de contrôle et de maîtrise, les actes de destruction, les secrets de tous ordres, le pragmatisme cynique, les calculs d’intérêt. Ce n’est qu’un aperçu des manifestations – les plus condamnables du point de vue moral – de Pluton. Elles sont toujours un peu taboues, confidentielles ou secrètes. C’est que Pluton voit les choses d’une manière bien particulière.

Pluton voit l’efficacité, et la vérité brute, sans artifice, sans biais moral, sans influence affective. La vérité plutonienne ne s’embarrasse pas des sentiments. Au service de l’ego, d’un Soleil intérieur en recherche de toute-puissance dans le but « d’être tout », l’énergie plutonienne se passe des considérations morales. On ne rechigne pas à la destruction pourvu qu’elle soit la voie la plus efficace. Pouvoir et contrôle passent par la maîtrise de l’information et par l’action indéchiffrable, par les manœuvres dans l’ombre. On n’hésite pas à avancer masqué, à contrôler les informations, à maîtriser les secrets.

Dans la trilogie du Seigneur des Anneaux, l’archétype est fortement présent, notamment à travers le personnage de Sauron.

En premier lieu, Sauron (« Seigneur des ténèbres » comme le Hadès/Pluton mythologique) forge en secret un « maître-anneau » capable de gouverner tous les autres. L’anneau va permettre à Sauron d’asservir les peuples. Asservir, en politique comme en électronique, c’est contrôler. Encore une attribution plutonienne. Notons que l’anneau est forgé sous terre, dans les flammes d’un volcan. Ceci n’est pas sans rappeler l’Hadès – le royaume des morts du Pluton mythologique. Les volcans sont très plutoniens, en ce sens qu’ils se forment par les mouvements souterrains des plaques tectoniques et qu’ils ont une activité liée à la transformation de la matière. Voilà deux processus cachés ou autrement qui se passent en dessous.

Mordor

Dans l’introduction du premier film, on nous dit que l’anneau corrompt « le coeur des hommes ». Hors la corruption est une attribution toute plutonienne. Lorsqu’on passe l’anneau de pouvoir au doigt, on devient invisible et on peut agir avec l’avantage de maîtriser l’information : on sait où se trouve l’autre mais l’autre ne sait pas où l’on se trouve. On est caché. Cela se paye notamment par le fait de passer dans un autre monde, de l’autre côté.

Toujours dans l’introduction, on retrouve les thématiques de pouvoir lié à l’information. Isildur, qui a conservé l’anneau pour son propre plaisir, est « trahi ». Inconscient des enjeux liés à l’anneau, manquant d’informations cruciales relatives à sa sécurité, il meurt dans une embuscade aux allures de complot. Qu’est-ce que le complot, sinon l’ascendant obtenu par la maîtrise d’informations gardées secrètes, dont l’accès est contrôlé ?

L’anneau « ronge » ses possesseurs. Il corrode. Gollum l’emporte dans un autre lieu caché et souterrain : des cavernes montagneuses. Lors du jeu de la devinette qui doit départager Gollum et Bilbon, Bilbon gagne par l’avantage de posséder une information cruciale que son adversaire ignore. Il ne peut que gagner, implacablement, par la supériorité que lui donne la maîtrise de l’information .

De manière générale, l’intrigue de la trilogie ne cesse de tourner autour des questions d’information et de secret. Où est l’anneau ? Qui le porte ? Où se trouve le porteur ? Où se trouve l’ennemi ? Quelles sont les intentions réelles de chacun ? Quels sont les plans qui se trament en secret ? Qui mène un double jeu ? Dans Le Seigneur des Anneaux, l’information vaut cher, elle est cruciale. Elle est depuis le début de l’aventure le nerf de la guerre qui se déroule. C’est sa maîtrise qui fait la survie des uns et la mort des autres. L’avenir de la Terre du Milieu ne dépend que de son contrôle par les uns ou par les autres.

Eye of Sauron

Sauron est représenté par « un grand œil » qui voit tout, c’est à dire qui sait tout, ou presque. Par ailleurs, Saroumane se range du côté de Sauron par pur calcul pragmatique. Devant l’évidence de la victoire de Sauron, il se présente à Gandalf comme faisant un choix purement rationnel guidé par le réalisme et la conscience lucide de ce qui est plus avantageux. Il présente son choix non pas comme idéal, mais bien comme le plus avantageux du point de vue de l’efficacité. Un choix ancré dans une position plutonienne.

Le contraste est frappant avec son ami Gandalf, qui ancre sa position dans les valeurs, quitte à ce que soit perdu d’avance. En effet, miser sa vie et l’avenir de la Terre du Milieu sur la capacité d’un jeune Hobbit à braver le Seigneur des Ténèbres est un choix sensible, qui n’appartient pas au monde plutonien de l’efficacité, du calcul, du réalisme. On voit bien ici que c’est la question qui apporte la réponse. Quand Gandalf se pose la question « Quelles sont mes valeurs ? Qu’est-ce que je ressens face à la situation ? Que me dit ma sensibilité au monde ? », Saroumane se pose lui une question éminemment plutonienne « Concrètement, où est mon avantage ? Tout bien calculé, qu’est-ce qui vaut mieux ? Quelle est l’option la plus pragmatique ? Quelle est l’option qui offre le plus de garanties ? ».

A partir de son ralliement à Sauron, Saroumane cessera de considérer la moindre question morale, de valeurs ou esthétique. Il creuse des forges souterraines (encore une référence au monde souterrain), réalise des croisements génétiques – autre domaine plutonien – pour créer à la chaîne des soldats hideux, certes, mais terriblement efficaces. Il fera de son mieux pour jouer un double-jeu. Il a un objectif et il le réalise par la voie la plus efficace.

Saroumane, entre soumission et domination

Saroumane, entre soumission et domination

Gandalf se ralliera temporairement à la logique plutonienne en affrontant le Balrog, le « démon de l’ancien monde » qui poursuit le groupe de héros dans les mines de la Moria. Le moment apparaît comme une traversée des enfers, véritable métaphore des angoisses qui accompagnent les transformations profondes propres à Pluton. C’est dans les ténèbres des mines que le démon apparaît. De là à y voir un symbole des angoisses existentielles qui se terrent dans l’inconscient et que Pluton en transit n’a de cesse de faire « remonter » pour mieux les transformer, il n’y a qu’un pas. Le sacrifice de Gandalf est tout calculé. Il sait que ses amis et lui n’ont aucune chance de semer le démon qui les poursuit. Son sacrifice n’est pas inconsidéré. Ce n’est ni un emportement, ni une oeuvre de glorification irréfléchie. D’un point de vue détaché, ce n’est pas une solution idéale mais c’est simplement la meilleure (ou la moins mauvaise) des possibilités qui s’offre à lui au vu de la situation. Gandalf quitte le sentiment pour se faire pragmatique. Le fait qu’il affronte le démon précisément sur un pont étroit et fragile, où ses chances d’éliminer l’assaillant sont les plus élevées, contribue à placer son acte dans une perspective de vécu rationnel de la situation. L’histoire lui donne raison, car le démon chute en faisant craquer le pont sous son poids.

Rencontrer ses peurs les plus profondes: une thématique plutonienne

Rencontrer ses peurs les plus profondes: une thématique plutonienne

Notons que le Balrog emporte le vieux héros dans une chute sans fin dans les ténèbres : une mort symbolique. A ce moment, Gandalf n’a aucun moyen de savoir ce qui va se passer. Il meurt à tout pouvoir dans une impossibilité totale de maîtriser la situation. C’est par cette plongée dans les ténèbres faisant office de mort symbolique que le héros revient transformé, ou plutôt transmuté. Une renaissance alchimique, purificatrice. Il aura été nécessaire de mourir et de tout lâcher pour pouvoir grandir. Les symboliques de la mort-renaissance et de la transformation par la descente dans les ténèbres sont précisément plutoniennes, à un autre niveau.

Quoi de plus effrayant que de se séparer de ses enchaînements ?

Quoi de plus effrayant que de se séparer de ses enchaînements ?

Si l’on considère l’anneau comme un symbole de l’ego et le Mordor comme nos ténèbres, angoisses, zones d’ombres et terreurs personnelles, le récit prend une profonde valeur symbolique. Le but et l’achèvement de l’aventure représentent avec brio cette affirmation plutonienne : c’est en revenant à l’origine et en confrontant l’ego à ses peurs les plus profondes que s’effectue la libération.

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Article publié avec l’aimable autorisation de Margot Honoré

Source : https://astrolunavida.wordpress.com/2016/01/01/symbolique-plutonienne-dans-le-seigneur-des-anneaux/

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